23 octobre

Saint Jean de Capistran

(+1456)

Jean, né à Capistrano, dans l’Abruzze, était fils d’un gentilhomme français qui avait suivi à Naples le duc d’Anou, devenu roi de ce pays. Après ses humanités, il fut envoyé à Pérouse pour y étudier le droit canonique et civil. On le pourvut d’une place de judicature, et un homme riche et noble, charmé de ses qualités éminentes, lui donna sa fille en mariage. Tout lui souriait dans le monde, quand tout à coup s’évanouirent ces flatteuses espérances.

Dans une guerre contre le roi de Naples, la ville de Pérouse le soupçonna de prendre le parti de ce prince; on le fit arrêter. Malgré son innocence et son éloquence à se défendre, il fut jeté en prison. Sur ces entrefaites sa femme étant morte, il résolut de ne plus servir que Dieu.

Il vendit tous ses biens, paya sa rançon, distribua le reste aux pauvres, et se réfugia chez les Franciscains, au monastère du Mont, près de Pérouse. Le gardien, craignant que cette vocation ne fût l’effet d’un dépit passager plutôt que d’un mouvement de la grâce, voulut l’éprouver. Il lui ordonna de faire le tour de la ville de Pérouse dont il avait été gouverneur, monté à rebours sur un âne, couvert d’un mauvais habit et la tête coiffée d’un bonnet de carton où étaient écrits divers péchés. Après une telle épreuve, les humiliations du noviciat ne lui coûtèrent plus.

On lui donna pour maître un simple frère convers, à la direction duquel Jean se soumit avec la simplicité d’un enfant. Il fut traité par lui avec dureté : « Je rends grâces au Seigneur, disait-il plus tard, de m’avoir donné un tel guide; s’il n’eût usé envers moi de pareilles rigueurs, jamais je n’aurais pu acquérir l’humilité et la patience. »

Jean fut renvoyé par deux fois du noviciat comme incapable de remplir jamais aucun emploi dans la religion. Il resta jour et nuit à la porte du couvent, souffrant avec joie l’indifférence des religieux, les railleries des passants et les mépris des pauvres qui venaient demander l’aumône. Une persévérance si héroïque désarma la sévérité des supérieurs et dissipa leurs craintes. Jean, reçu de nouveau, fut enfin admis à la profession.

Dès lors sa vie fut admirable, il vivait uniquement de Jésus sur la Croix. Embrasé d’amour pour Dieu, il faisait de sa vie une oraison continuelle : le Crucifix, le Tabernacle, l’image de Marie, le jetaient dans l’extase : « Dieu, disait-il, m’a donné le nom de Jean, pour me faire le fils de Marie et l’ami de Jésus. »

Ordonné prêtre, Jean fut appliqué au ministère de la parole. Ses paroles produisaient partout des conversions nombreuses. Une secte de prétendus moines, les Fraticelli, dont les erreurs et les mœurs scandalisaient l’Église, fut anéantie par son zèle et sa charité. Le Pape Eugène IV, frappé des prodigieux succès de ses discours, l’envoya comme nonce en Sicile; puis le chargea de travailler, au concile de Florence, à la réunion des Latins et des Grecs. Enfin il le députa vers le roi de France, Charles VII.

Ami de saint Bernardin de Sienne, il le défendit, devant la cour de Rome, contre les calomnies que lui attirait son ardeur pour la réforme de son Ordre; il l’aida grandement dans cette entreprise, et il alla lui-même visiter les maisons établies en Orient.

Nicolas V l’envoya, en qualité de commissaire apostolique, dans la Hongrie, l’Allemagne, la Bohème et la Pologne. Toutes sortes de bénédictions accompagnèrent ses pas. Il ramena au bercail de l’Église un grand nombre de personnes, et convertit une quantité prodigieuse de Juifs et de Musulmans.

À cette époque, Mahomet II menaçait l’Occident d’une complète invasion, tenait Belgrade assiégée, il se promettait d’arborer le croissant dans l’enceinte même de Rome. Le pape Calixte III chargea saint Jean de Capistran de prêcher une croisade : à la voix puissante de cet ami de Dieu, une armée de 40 000 hommes se leva; il lui trouva pour chef Huniade, un héros, et il la conduisit à la victoire.

Étant à 3 journées de marche des Turcs, tandis qu’il célébrait la messe en plein aire dans les grandes plaines du Danube, les témoins ont rapporté qu’une flèche partie d’en haut vint, pendant le Saint Sacrifice, se placer sur le corporal. Après la messe, le saint lut ces mots écrits en lettres d’or sur le bois de la flèche : « Par le secours de Jésus, Jean de Capistran remportera la victoire. » Au fort de la mêlée, il tenait en main l’étendard de la Croix et criait : « Victoire, Jésus, Victoire! »

Belgrade fut sauvée. C’était en l’an 1456. Trois mois après, saint Jean de Capistran, ayant prononcé ces paroles du Nunc dimittis : « C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez mourir en paix votre serviteur, » expira en disant une dernière fois : Jésus. Il avait 71 ans.

 

23 octobre

Saint Jean de la Croix

(1542 – 1591)

 

Jean de la Croix, né à Fontiveros le 24 juin 1542 et mort au couvent d’Ubeda le 14 décembre 1591, est un saint mystique espagnol, souvent appelé le « Saint du Carmel ».

Né dans une famille aristocratique d’Espagne, il devient carme après ses études alors qu’il se consacrait à l’ordre des Chartreux. Thérèse d’Avila, réformatrice de l’ordre du Carmel, lui demande de prendre en charge l’ordre masculin du carmel. Il accepte et fonde l’ordre des Carmes déchaussés. Il accompagne spirituellement les sœurs du Carmel, avant d’être enfermé par les autorités de l’Ordre qui refusent sa réforme. Après avoir été nommé prieur de divers couvents de carmes déchaussés, il finit par être mis au ban de sa communauté avant de mourir en décembre 1591. Après sa mort, il est très vite considéré comme un saint et comme l’un des plus grands mystiques espagnols.

L’Église catholique le béatifie en 1675 puis le canonise en 1726. Il est fêté le 14 décembre. Les querelles sur l’illuminisme conduisent cependant à remettre ses écrits en cause, mais la religieuse carmélite française Thérèse de Lisieux contribue fortement à promouvoir l’importance de sa doctrine. Il est proclamé « docteur de l’Église » entre les deux guerres mondiales, le 24 août 1926. Il est reconnu comme l’un des plus grands poètes du Siècle d’or espagnol. Il est depuis 1952 le saint patron des poètes espagnols.

 

 

 

23 octobre

Jacques, chef de l’Église de Jérusalem

Il y a plusieurs Jacques dans le Nouveau Testament! En plus des deux apôtres de ce nom, les Actes et les lettres de Paul mentionnent à plusieurs reprises un autre Jacques, qualifié de « frère du Seigneur », devenu chef de l’Église de Jérusalem après la Pentecôte. Il joue un rôle central lors de la réunion de Jérusalem, regroupant plusieurs dirigeants de communautés chrétiennes de Palestine et de Syrie, et convoquée pour régler le problème de l’admission des païens dans l’Église. On lui attribue également la Lettre de Jacques dans le Nouveau Testament. Il est mort lapidé vers 62.

Jésus a-t-il eu des frères? Selon la tradition protestante, qui ne reconnaît pas la virginité perpétuelle de Marie, elle et Joseph ont eu plusieurs garçons et au moins deux filles (Marc 6, 3; Matthieu 13, 55-56). Pour certains luthériens et anglicans, et pour l’ensemble des Églises orthodoxes et catholique, les personnes désignées dans le Nouveau Testament comme frères de Jésus étaient, soit des demi-frères issus d’un premier mariage de Joseph, soit des cousins, soit des membres de la famille élargie dont on ignore la position dans l’arbre généalogique. Jacques était certainement apparenté à Jésus, et plusieurs membres de sa famille ont tenu une place importante dans la communauté chrétienne de Jérusalem.

La tradition catholique, depuis saint Jérôme, a confondu Jacques de Jérusalem avec l’apôtre Jacques le Petit (ou le Mineur), fêté avec l’apôtre Philippe le 3 mai. La tradition orientale, plus proche de l’histoire, distingue les deux personnages l’un de l’autre. C’est pourquoi les Églises orthodoxes célèbrent Jacques de Jérusalem le 23 octobre.

 

Claude Auger

 

Tiré de Prions en Église, le 23 octobre 2016, 30ième dimanche du Temps ordinaire, dimanche missionnaire mondiale, Édition dominicale, vol. 80, no 42, page 34.