22 juin

 

Saint Thomas More

 

(1478-1535)

 

Saint Thomas More naquit à Londres, le 7 février 1478. Son père remplissait la fonction de juge, dans la capitale. Thomas passa quelques-unes de ses premières années en qualité de page, au service du cardinal Morton, alors archevêque de Cantorbéry et chancelier d’Angleterre. À l’âge de quatorze ans, il alla étudier à Oxford où il fit de sérieuses études juridiques et suivit les conférences sur la Cité de Dieu, de saint Augustin.

En 1501, Thomas More était reçu avocat et élu membre du Parlement trois ans plus tard. Après quelques années de mariage, il perdit sa femme et demeura seul avec ses quatre enfants : trois filles et un fils. Il ne se remaria que beaucoup plus tard, avec une veuve. En père vigilant, il veillait à ce que Dieu restât le centre de la vie de ses enfants. Le soir, il récitait la prière avec eux; aux repas, une de ses filles lisait un passage de l’écriture Sainte et on discutait ensuite sur le texte en conversant gaiement. Jamais la science, ni la vertu, ne prirent un visage austère dans sa demeure; sa piété n’en était cependant pas moins profonde. Saint Thomas More entendait la messe tous les jours; en plus de ses prières du matin et du soir, il récitait les psaumes quotidiennement.

Sa valeur le fit nommer Maître des Requêtes et conseiller privé du roi. En 1529, Thomas More remplaça le défunt cardinal Wolsey dans la charge de Lord chancelier. Celui qui n’avait jamais recherché les honneurs ni désiré une haute situation se trouvait placé au sommet des dignités humaines. Les succès, pas plus que les afflictions, n’eurent de prise sur sa force de caractère.

Lorsque Henri VIII voulut divorcer pour épouse Anne Boleyn, et qu’il prétendit devant l’opposition formelle du pape, se proclamer chef de l’Église d’Angleterre, saint Thomas More blâma la conduite de son suzerain. Dès lors, les bonnes grâces du roi se changèrent en hostilité ouverte contre lui. Le roi le renvoya sans aucune ressource, car saint Thomas versait au fur à mesure tous ses revenus dans le sein des pauvres. Le jour où il apprit que ses granges avaient été incendiées, il écrivit à sa femme de rendre grâces à Dieu pour cette épreuve.

Le 12 avril 1554, l’ex-chancelier fut invité à prononcer le serment qui reconnaissait Anne Boleyn comme épouse légitime et rejetait l’autorité du pape. Saint Thomas rejeta noblement toute espèce de compromis avec sa conscience et refusa de donner son appui à l’adultère et au schisme. Après un second refus réitéré le 17 avril, on l’emprisonna à la Tour de Londres. Il vécut dans le recueillement et la prière durant les quatorze mois de son injuste incarcération.

Comme il avait fait de toute sa vie une préparation à l’éternité, la sérénité ne le quittait jamais. Il avoua bonnement : « Il me semble que Dieu fait de moi Son jouet et qu’il me berce. » L’épreuve de la maladie s’ajouta bientôt à celle de la réclusion. Devenu semblable à un squelette, il ne cessa cependant de travailler en écrivant des traités moraux, un traité sur la Passion, et même de joyeuses satires.

L’intensité de sa prière conservait sa force d’âme : « Donne-moi ta grâce, Dieu bon, pour que je compte pour rien le monde et fixe mon esprit sur toi. » Il disait à sa chère fille Marguerite : « Si je sens la frayeur sur le point de me vaincre, je me rappellerai comment un souffle de vent faillit faire faire naufrage à Pierre parce que sa foi avait faibli. Je ferai donc comme lui, j’appellerai le Christ à mon secours. »

On accusa saint Thomas More de haute trahison parce qu’il niait la suprématie spirituelle du roi. Lorsque le simulacre de jugement qui le condamnait à être décapité fut terminé, le courageux confesseur de la foi n’eut que des paroles de réconfort pour tous ceux qui pleuraient sa mort imminente et injuste. À la foule des spectateurs, il demanda de prier pour lui et de porter témoignage qu’il mourait dans la foi et pour la foi de la Sainte Église catholique. Sir Kingston, connu pour son cœur impitoyable, lui fit ses adieux en sanglotant. Il récita pieusement le Miserere au pied de l’échafaud. Il demanda de l’aide pour monter sur l’échafaud : « Pour la descente, ajouta-t-il avec humour, je m’en tirerai bien tout seul. » Il embrassa son bourreau : « Courage, mon brave, n’aie pas peur, mais comme j’ai le cou très court, attention! Il y va de ton honneur. » Il se banda les yeux et se plaça lui-même sur la planche.

Béatifié par Léon XIII le 29 décembre 1886, sa canonisation eut lieu le 19 mai 1935.

 

Sources : www. viechretienne.catholique.org/saints/

 

 

 

Thomas More

 

Quand le chancelier d’Angleterre perd la tête

 

Six juillet 1535. Une brume légère, de cette gaze dont aime à se voiler l’aube d’été, s’effiloche, imperceptiblement, promesse d’une journée radieuse. Londres s’est alanguie, il fait chaud déjà. Devant la Tour de Londres, une foule de badauds se presse. Dans quelques instants, un homme sera exécuté. Six jours plus tôt, il a été condamné à être pendu et écartelé pour haute trahison. Mais Henri VIII veut montrer à tous sa royale clémence! L’accusé sera décapité…

L’homme paraît. Il est pâle, il sort de prison. Il a eu, pendant plus d’un an, les honneurs de la Tour de Londres. Son visage émacié, marqué par la fatigue et les privations, reste impassible alors qu’il énonce, d’une voix égale : « Je fus fidèle serviteur du Roi, mais je demeure avant tout celui de Dieu ». Le bourreau pensait devoir soutenir le malheureux, l’aider à monter les marches. Leurs jambes les trahissent tous, même les plus téméraires. Mais il n’en est rien. Le condamné récite le Miserere, monte sereinement à l’échafaud et se tourne vers son bourreau, que tant de calme impressionne. Il l’embrasse e3t le raisonne : « Allons, courage, mon ami! Faites votre ouvrage! » Et devant la foule médusée, le condamné prend le bandeau, se couvre les yeux et pose la tête sur le billot. Un éclair d’acier, et la tête de Thomas More roule aux pieds du bourreau.

Les yeux fixés sur l’échiquier, Henri VIII se laisse gagner par de sombres pensées. Il devrait se réjouir. N’est-ce pas lui qui a ordonné que l’on enferme puis que l’on exécute son ancien ami et conseiller? Mais le roi, écœuré, renverse les pièces d’un geste rageur. Thomas More était l’un de ses plus proches conseillers, pour tout dire son protégé. Sa mort tragique laisse au souverain une désagréable sensation de déjà vu. Il fut un temps où un autre roi d’Angleterre, un Henri deuxième du nom, avait fait assassiner l’un de ses amis, un autre Thomas, pour des raisons similaires.

Henri VIII ferme les yeux un instant. Il revoit Thomas More, en habit de gloire, tout de vair et de velours vêtu, portant le grand collier à la rose d’or des « speaker » de la Chambre des communes, poser pour le célèbre portraitiste Holbein le Jeune. Le tableau… Henri s’en souvient. C’était en 1527. Le regard de Thomas, intense, semblait fixer un point lointain, comme s’il était déjà insensible aux ambitions des hommes. Et pourtant, quelle carrière s’ouvrait à lui! Henri VIII enrage. Quel gâchis! À vingt-six ans, en 1504, Thomas était déjà membre du Parlement. Peu de temps après son accession au trône, en 1509, Henri lui avait confié de nombreuses missions. Puis il l’avait nommé maître des requêtes, en 1518, speaker de la Chambre des communes, en 1523, et, en 1529, chancelier du royaume! Ne lui avait-il pas tout donné? Le roi ne comprend pas. Non, vraiment, il ne comprend pas…

Henri VIII retourne à la table de jeu, ramasse distraitement une pièce de l’échiquier. Un fou… Un rictus déforme les traits du souverain. C’est bien cela. Thomas n’avait jamais su raison garder. Et pourtant, quel esprit brillant! Thomas était incontestablement l’un des plus grands humanistes de son temps. Le grand Érasme le comptait parmi ses amis. Henri avait toujours apprécié ses vers, ou encore ses épigrammes latines. Le regard du roi parcourt les rayons de la bibliothèque. Il sourit amèrement. Il pense à leur entente passée, quand le talentueux chancelier écrivait ses ouvrages contre les thèses de Luther. Thomas était brillant. Pourquoi fallait-il qu’il s’obstinât à suivre Rome, en dépit de tout bon sens? Même s’il était un fils soumis de l’Église, Henri VIII était roi avant tout. Pouvait-il laisser son royaume sans héritier, quand son épouse Catherine d’Aragon semblait incapable de lui donner un fils? Il fallait divorcer. Rome s’y opposait fermement, Thomas More soutenait le pape. Le roi, inspiré par Thomas Cranmer, crut trouver une issue en plaçant l’Église d’Angleterre sous son autorité. Le 15 mai 1532, le Parlement et les évêques anglais se soumettaient à cette prise de pouvoir. Mais Thomas, lui, ne voulut pas accepter. Dès le 16 mai, il démissionnait de son poste de chancelier.

Thomas Cranmer, devenu archevêque de Canterbury, déclara invalide le mariage du roi avec Catherine d’Aragon, le 23 mai 1533. Anne Boleyn fut sacrée reine d’Angleterre. L’Acte de suprématie, voté en 1534, fit du roi d’Angleterre le « chef suprême de l’Église d’Angleterre » tandis que l’Acte de trahison, adopté à la même époque, faisait des opposants aux décisions royales des traîtres passibles de mort. Les deux principaux opposants à la politique royale de rupture avec Rome, le cardinal Fisher et l’ancien chancelier More, en furent les deux premières victimes.

Le 23 mars 1534, convoqué au palais de Lambeth, Thomas More fut sommé de prêter serment au roi. Il refusa. Le 17 avril, il fut conduit à la Tour de Londres. Ce même mois, pour les mêmes motifs, le cardinal Fisher fut emprisonné lui aussi. Le 30 avril 1535, des émissaires du roi demandèrent à Thomas More de se prononcer sur l’Acte de suprématie. Thomas répondit qu’il ne s’occupait plus des choses de ce monde. Interrogé à nouveau le 3 juin, puis le 14, il refusa de répondre aux questions précises qui lui étaient posées. Finalement, le 1er juillet, Thomas était jugé par un tribunal spécial qui le condamnait à mort pour haute trahison.

En ce jour funeste, Henri VIII se dit qu’il n’a fait que son royal devoir! Quel est donc ce sentiment étrange, douloureux, qui l’étreint à la nouvelle de la mort de l’ancien chancelier? Serait-ce le dernier soubresaut d’une conscience que le roi cherche à étouffer?

Érasme, quant à lui, est à Bâle quand parvient la nouvelle de l’exécution de son ami Thomas. Assis dans sa bibliothèque, il caresse d’un air songeur l’exemplaire de l’Utopia, l’ouvrage que Thomas More a publié en 1516. Un chef-d’œuvre, songe l’humaniste. La description d’une société idéale, où l’État assumerait la fonction exclusive de réaliser le bien commun, où l’esprit d’équité des dirigeants maintiendrait la cohésion du corps social, où la société et l’Église seraient régies par les lois naturelles. Érasme s’étonne encore : comment Thomas, si mêlé à la politique de son temps, avait-il pu concevoir pareil rêve? Il est vrai qu’il avait toujours manifesté un esprit fantasque et indépendant. De là à témoigner d’une fidélité sans faille à Rome au point de donner sa vie, Érasme ne l’aurait jamais imaginé. Parcourant l’ouvrage de son ami, il commence à comprendre. Certes, Thomas est mort pour avoir refusé que l’Angleterre soumette le pouvoir spirituel au pouvoir temporel. Mais Érasme sait que, par sa mort, Thomas n’a pas seulement défendu l’Église. Il a aussi payé de son sang une très haute conception de l’État qu’il refuse de voir soumis aux caprices d’un souverain. Il a surtout offert sa vie en clamant que la politique est conciliable avec les impératifs de la conscience. Respect de l’autorité spirituelle, dignité du pouvoir temporel, inviolabilité de la conscience… Ces principes que Thomas avait inscrits dans son œuvre, il les a incarnés par son martyre.

Érasme se dirige lentement vers sa table de travail. Il s’assied, prend la plume et écrit. « Le supplice de More fut un sujet d’universels regrets pour ceux mêmes qui avait été en opposition avec l’ancien ministre; tant ce grand homme était aux yeux de tous doué de candeur et de sagesse; tant il y avait en lui de bienveillance et de bonté. »

Thomas More a été canonisé en 1935, en même temps que John Fisher et de nombreux martyrs anglais.

Source :Le livre des Merveilles édité par le Conseil de présidence du Grand Jubilé de l’An 2000, a été réalisé par une équipe internationale de 158 spécialistes sous la responsabilité de Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg; Dominique La Parole aux pieds nus pages 547 à 549; Mame/Plon, Paris, septembre 1999, 1344 pages.

 

 

22 juin

 

John Fisher et Thomas More

Le 22 juin, le calendrier liturgique fait mémoire de deux martyrs de la foi catholique mis à mort sous le règne d’Henri VIII d’Angleterre : l’évêque John Fisher (1469-1535) et l’homme d’État et humaniste Thomas More (1478-1535),

John Fisher, homme d’une vaste culture, a mené de front activités intellectuelles et ministère pastoral. Il étudie à l’Université de Cambridge, dont il devient plus tard chancelier. Comme prêtre, il a été aumônier de Margaret Beaufort, mère du roi Henri VII, qui fait nommer John comme évêque de Rochester en 1504. En 1509, Lady Margaret et le roi meurent, et Henri VIII succède à son père. Faute d’héritier mâle, le roi veut divorcer de son épouse; l’évêque de Rochester s’y oppose, de même que le lord chancelier, Thomas More, qui démissionne en 1532. Ce dernier, avocat de profession, écrivain et philosophe, avait pensé à entrer chez les Chartreux avant d’être élu au parlement puis de se marier et de fonder une famille. Trois ans plus tard, Fisher et More sont accusés de trahison et décapités à la Tour de Londres; John Fisher avait été créé cardinal un mois plus tôt.

La vénération des reliques et des portraits de 63 martyrs d’Angleterre avait été autorisée sous le règne du pape Grégoire XIII (1572-1585). Ils ont été formellement béatifiés en deux groupes, en 1886 et 1895. De ces bienheureux, seuls Fisher et More ont été canonisés, en 1935. En 2000, Jean Paul II a proclamé Thomas More patron des responsables de gouvernement et des personnes engagées en politique. En signe d’ouverture œcuménique, l’Église d’Angleterre fait également mémoire de John Fisher et de Thomas More en tant que martyrs de la Réforme, le 6 juillet (date de l’exécution de More).

 

Claude Auger

 

Tiré de : Prions en Église, 22 juin 2014, Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, Édition dominicale, vol 78 no 24, page 35.

 

 

 

 

22 juin

 

Saint Alban

Ayant caché un prêtre chrétien, il se livra à sa place aux soldats venus l’arrêter. Premier martyr d’Angleterre

 

 

Source : www.prionseneglise.fr

 

 

22 juin

 

Saint Paulin de Nole, évêque

 

 

Paulin naquit à Bordeaux vers 353. À la suite de son baptême, en 390, il distribua son immense  fortune aux pauvres. Après avoir été évêque pendant de nombreuses années, il mourut en 431.